Le Guide de l'Edition JeunesseLe Guide de l'Edition JeunesseEdition 2017
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Trouver un diteur (auteurs)Trouver un diteur (auteurs)

Bien que le marché du livre jeunesse soit en pleine expansion, il n'est pas pour autant aisé de s'y faire une place. Vos atouts principaux seront votre créativité et votre qualité d'écriture, mais il vous faudra aussi apprendre à structurer, à présenter votre travail et à frapper aux bonnes portes…




On s'imagine souvent que la recherche d'un éditeur vient après le travail d'écriture. Ce n'est pas toujours vrai. En fait, un auteur pourra choisir entre deux démarches bien distinctes :
- La première consistera à se tenir au courant des appels d'offre des éditeurs pour ensuite écrire en fonction de leurs besoins de manuscrits.
- La seconde étant de suivre ses élans naturels de création et, une fois le projet réalisé, de rechercher un éditeur susceptible d'être intéressé par celui-ci.



Ecrire en fonction de la demande


Quand on n'est pas soi-même dans le circuit, il est toujours difficile d'être au courant des besoins spécifiques de manuscrits des éditeurs. Bien souvent, les " bons plans " s'échangent entre auteurs, ou entre auteurs et éditeurs, lors de rencontres fortuites ou sur des salons du livre. Parfois, les bulletins ou revues d'associations de professionnels du livre jeunesse relaient les appels d'offre des éditeurs auprès de leurs adhérents. Mais jamais ces renseignements n'arrivent jusqu'aux auteurs amateurs qui, pourtant, en auraient autant besoin, sinon plus, que les autres. A la fin de ce guide, la rubrique Les Petites annonces des éditeurs présente, pour l'année en cours, les différentes recherches de manuscrits des éditeurs jeunesse et annonce leurs projets de nouvelles collections. Ainsi, chaque année, durant la période s'étalant de la rentrée jusqu'aux vacances d'été, chaque auteur, même s'il est amateur, a accès aux informations utiles pour pouvoir écrire en fonction des besoins réels des éditeurs.Avec la méthode de travail qui consiste à écrire en fonction de la demande, le risque est limité. En effet, dans le cas où votre manuscrit est pris par l'éditeur, tout est pour le mieux et il ne vous reste plus qu'à penser à votre prochaine œuvre. Dans le cas contraire, vous aurez toujours le recours d'envoyer votre manuscrit ailleurs. Reste à savoir si ce genre de projet, écrit pour un éditeur bien spécifique, selon des paramètres bien précis de narration, de thème et de calibrage, conviendra à un autre éditeur. Et si oui, lequel ? Vous pourrez alors vous rabattre sur la démarche numéro deux et rechercher les différents éditeurs susceptibles d'être intéressés par votre projet.



Ecrire et rechercher ensuite


Si vous êtes un artiste dans l'âme et que vous attachez beaucoup d'importance au fait d'écrire en fonction en votre seule inspiration, votre recherche d'éditeurs se fera forcément après votre travail de création. Mais ne croyez pas que cette recherche soit superflue. Elle vous permettra de frapper aux bonnes portes. N'envoyez pas votre manuscrit à toutes les adresses qui vous tombent sous la main sous prétexte que " plus c'est mieux ", car tous les éditeurs ne sont pas intéressés par les mêmes choses. Imaginez le temps (et l'argent !) que vous allez perdre si vous adressez, par exemple, un roman à des éditeurs qui ne publient que des albums ! Réfléchissez, déployez des stratégies pour frapper aux bonnes portes. La plus simple est d'aller étudier les productions des éditeurs dans les librairies. Prenez le temps de les feuilleter, d'y prendre des renseignements utiles comme la tranche d'âges visée, par exemple, ou le calibrage (il est aisé d'établir un calibrage approximatif en multipliant le nombre de signes d'une ligne par le nombre de lignes par page, puis par le nombre de pages), ou encore les thèmes traités. Vous pouvez également vous procurer les catalogues des éditeurs. Ils sont faciles à obtenir, que ce soit sur un salon du livre (voir la rubrique Salons du livre) ou en téléphonant directement aux éditeurs (voir la rubrique Editeurs). Vous pouvez enfin, pour certains éditeurs, consulter leur site internet qui vous procurera une mine d'informations sur leurs productions et leurs spécificités. Cette recherche préalable vous permettra d'envoyer votre manuscrit avec plus d'efficacité et, surtout, d'éviter de gaspiller votre argent dans des affranchissements inutiles.



Bien présenter son travail


Certains auteurs se font une haute opinion d'eux-mêmes et pensent que leur travail est tellement génial qu'il sera pris, de toute façon, même si sa présentation laisse à désirer. Ne faites pas comme eux. N'oubliez pas que les éditeurs reçoivent des dizaines de manuscrits chaque jour. La première impression va conditionner l'œil et l'esprit de votre lecteur. Ensuite, le confort de lecture va l'aider à se concentrer sur votre texte et uniquement sur votre texte. Si votre lecteur peste toutes les deux minutes parce qu'il ne trouve pas de place pour ses annotations, par exemple, et s'il doit faire un choix entre votre roman et un autre, présenté, lui, selon les règles de l'art, il risque d'opter finalement pour ce dernier. Et pourtant, sa qualité littéraire était similaire à celle du vôtre. Le plus malheureux dans cette histoire, c'est que ce lecteur fera ce choix inconsciemment, sur ce qui vous apparaissait au départ comme un détail… Ne négligez donc pas la présentation :

- Tout d'abord, travaillez la lisibilité. Choisissez une police courante, facile à lire, Times New Roman ou Arial par exemple. Imprimez-la sur du 21 x 29,7 cm blanc, uniquement au recto, pour éviter les transparences indésirables. Et, dans le cas d'un roman, démarrez chaque nouveau chapitre sur une nouvelle page.

- Ensuite, aérez votre texte. N'hésitez pas à laisser au minimum 3 cm de marge à droite comme à gauche, en haut comme en bas. Préférez un interligne de 1½, voire 2, à un interligne simple. Ainsi, le lecteur bénéficiera d'un espace confortable pour ses annotations et corrections éventuelles.

- En revanche, ne laissez pas de ligne vide entre les paragraphes. Réservez l'utilisation de cette ligne vide pour souligner tout changement fondamental au cours du récit (changement de scène, de lieu, de temps…).

- Dans le cas d'un roman, reliez votre manuscrit. Préférez la reliure à spirale car certains lecteurs aiment pouvoir retirer la reliure pour travailler sur les feuillets mobiles et, dans ce cas, un agrafage, ou une reliure à chaud, est plus délicat à défaire. S'il s'agit un texte court, style album par exemple, de 2 ou 3 feuillets, une simple agrafe dans un coin suffira.

- Pensez à numéroter vos pages pour une meilleure navigation du lecteur dans votre ouvrage et au cas où votre reliure serait retirée.

- Choisissez de la feuille cartonnée pour la couverture et la quatrième de couverture. N'hésitez pas à opter pour une couleur vive. Ainsi, votre manuscrit, même posé sur un bureau au milieu d'autres, marquera toujours sa présence. Sur la couverture, vous imprimerez le titre de l'œuvre, votre nom et votre contact. Certains auteurs rajoutent également leur nom et contact en en-tête de chaque page près de la pagination par mesure de sécurité. Dans ce cas, arrangez-vous pour que ces indications soient discrètes (police de 8 par exemple).

- N'envoyez votre manuscrit par mél que si l'éditeur vous y autorise. Cela se pratique en général entre l'éditeur et ses auteurs-maison, mais compte tenu du nombre de manuscrits extérieurs reçus, l'éditeur risque de ne pas prendre en compte ce mél non sollicité (qu'il lui faut, en plus, imprimer).



Envoyer son travail


Lorsque vous avez sélectionné les éditeurs susceptibles d'être intéressés par votre travail, préparez vos courriers. Essayez de connaître le nom de la personne à qui vous devez adresser votre manuscrit. En mentionnant le nom du destinataire sur le courrier, cela évitera que votre manuscrit erre d'un service à l'autre, qu'il soit ralenti dans son traitement ou pire encore, perdu. Il est facile de connaître le nom du responsable d'une collection en téléphonant à la maison d'édition. Jetez un coup d'œil dans la partie Editeurs de livres et n'hésitez pas à les contacter. Vous obtiendrez tous les renseignements dont vous avez besoin. Ensuite, préparez une lettre formelle pour accompagner votre manuscrit. Si vous êtes débutant, parlez le moins possible de vous, contentez-vous de présenter votre œuvre en quelques lignes. Si vous avez déjà été édité ailleurs, mentionnez-le. Cela n'influencera pas forcément votre interlocuteur mais ne peut pas vous nuire de toute façon. Entre le moment où vous envoyez votre manuscrit et celui où vous recevez une réponse, il peut s'écouler jusqu'à trois ou quatre mois, parfois plus. Il est donc judicieux de faire des copies de votre manuscrit et de les envoyer simultanément à tous les éditeurs que vous jugez intéressants. Un long délai de réponse ne signifie pas forcément que celle-ci sera négative. Votre manuscrit a peut-être été examiné par un premier lecteur, puis par le directeur de collection qui, avant de prendre une décision, l'aura soumis à un comité de lecture. Ensuite, que votre texte soit retenu ou non, vous aurez une réponse. Mais, dans le cas d'un refus, ne vous attendez pas à obtenir une réponse personnalisée dans laquelle on vous expliquera les raisons pour lesquelles votre œuvre n'a pas été retenue. Vous aurez droit à une lettre type du style : " Malgré toutes ses qualités, votre projet ne répond pas aux critères de notre politique éditoriale et ne peut être inséré dans nos collections existantes, ni s'inscrire au programme de nos publications futures…etc. ". Une lettre qui ne signifie rien puisque vous leur envoyez justement cette œuvre parce qu'elle correspond à leur ligne éditoriale. Il s'agit là, évidemment, pour les maisons d'édition, d'un moyen efficace de répondre aux nombreux courriers sans perdre trop de temps. En revanche, si vous recevez une réponse négative personnalisée, cela signifie que l'éditeur est prêt à perdre un peu de temps avec vous. Dans ce cas, c'est bon signe, votre plume l'intéresse. Concernant le projet que vous lui avez envoyé, il vous en expliquera ses défauts et pourquoi il ne le retient pas. Peut-être vous laissera-t-il aussi entendre qu'il vous suffit de retravailler votre manuscrit, ou vous fera-t-il comprendre qu'il souhaite lire prochainement autre chose de vous. Quoi qu'il en soit, prenez le temps de corriger les petites erreurs que l'on vous reproche et retentez votre chance, vous êtes sur la bonne voie.



En conclusion


Dans tous les cas, ne vous bloquez pas sur des échecs. N'abandonnez pas en prétextant que les éditeurs ne font travailler que les " petits copains " et que, malgré votre talent, vous n'avez aucune chance. Soyez humbles, retroussez vos manches et tentez de vous améliorer (même quelqu'un de très bon peut s'améliorer, n'est-ce pas ?…). Vous avez la chance de ne pas vivre au Royaume-Uni. Là-bas, les éditeurs ne travaillent qu'avec leurs auteurs-maison ou, à la rigueur, quelques auteurs extérieurs expérimentés s'ils sont réputés. Les autres ne les intéressent pas. Car, pour eux, les auteurs débutants sont synonymes de risque commercial. Ces éditeurs-là font du business dans tous les pays anglophones du monde. C'est un marché énorme et juteux, et on ne rigole pas avec ce business… En France et dans les pays francophones, les éditeurs ont fort heureusement gardé leurs convictions artistiques. Ils ont encore fréquemment des coups de cœur pour de jeunes auteurs. C'est une aubaine pour tous les créateurs, une chance dont il faut être conscient. Plus d'une centaine d'éditeurs jeunesse vous attendent dans les pages qui suivent et la qualité de leurs productions n'est pas (contrairement à ce que certains croient) proportionnelle à leur taille. Alors, ne vous contentez pas d'écrire, réécrivez…